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Partenariat Ofor/Pudc : Un pari pour relever le défi des infrastructures hydrauliques en milieu rural…


Mardi 31 janvier 2017

Il est assez caractéristique de constater qu’en ce 21ème siècle, dans bien des zones rurales du Sénégal, du nord au sud, en passant par l’est et le centre, des communautés entières continuent encore d’être isolées des autres contrées, coupées des marchés et des services sociaux, parce qu’il n’y a pas de véritables routes. Jusqu’en 2012, dans beaucoup de localités rurales sénégalaises, les infrastructures de base, c’est-à-dire l’eau, l’électricité, l’assainissement, l’école, mais aussi les Tic et les routes étaient en mauvais état, insuffisantes ou inexistantes.

Des études récentes indiquent qu’au Sénégal 8 millions d’habitants représentant plus de 58 % de la population vivent en milieu rural et n’ont pas accès à des sources d’eau traitée, plus de la moitié a un accès irrégulier à l’électricité, voire en est totalement privée. De même qu’une bonne frange de la population manque d’équipements sanitaires de base, n’a pas accès aux réseaux téléphoniques fiables et à l’internet, tandis qu’1/3 vivant en zone rurale se trouve privé de routes praticables toute l’année. En cas de pluie, ces Sénégalais se retrouvent coupés des autres villes et des centres économiques. Ainsi, l’accès aux marchés reste encore limité et les coûts des intrants et de transport des productions agricoles demeurent élevés avec de fortes pertes après récolte.

Soucieux de tant de défis et conscient de la nécessité de les relever, en toute urgence, pour créer les conditions de l’émergence, Son Excellence Monsieur Macky Sall, président de la République, a décidé de mettre en œuvre le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).  Lancé en juillet 2014, le Pudc est destiné à lutter contre les inégalités. Il vise, pour l’essentiel, à contribuer à l’amélioration de l’accès des populations rurales aux services sociaux de base, à travers la mise en place d’infrastructures socio-économiques, afin d’éradiquer durablement l’extrême pauvreté et la faim.

Basé sur quatre piliers, que sont l’eau, l’électricité, les pistes de désenclavement et les équipements pour alléger la pénibilité des travaux des femmes, le Pudc a permis de construire et réhabiliter, dans sa phase initiale, 3.048 kilomètres de pistes rurales, d’électrifier 325 villages, de mettre à disposition 5.000 équipements de transformation, des décortiqueuses et batteuses. De même, un programme de 300 forages, démarré en 2013, est en cours d’exécution et, à cet effet, 210 forages et 13 stations de pompage sont déjà réalisés ; ce qui a permis de desservir une cinquantaine de localités abritant environ 700.000 âmes. Au nom de l’équité territoriale et du développement solidaire et inclusif, deux principes majeurs fondateurs du Pse, ces Sénégalais vivant en milieu rural ont accès à l’eau potable en 2016.

En effet, des centaines de villages sont sortis à la fois de l’obscurité et du désenclavement. Leurs habitants ont pu avoir accès à l’eau et à plusieurs équipements susceptibles d’aider à alléger les travaux des femmes, à libérer les filles des corvées de toutes sortes qui entravaient leur accès et leur maintien à l’école, à l’image de localités comme Bassoul, Baback, Sakhor, Bamabadinka, Tessékéré, Loumbol Samba Abdoul et tant d’autres contrées. La pertinence de ces principes du Pse a tellement convaincu les partenaires du Sénégal qu’un financement additionnel de 60 milliards de FCfa est acquis pour démarrer la phase 3 du volet hydraulique avec la construction et la réhabilitation des 251 autres forages.

Le volet suivi de l’hydraulique rurale du Pudc sera confié à l’Office des forages ruraux (Ofor) pour garantir le succès de la gestion de ces forages une fois mis en place. Pour bien circonscrire ce mariage Ofor/Pudc, il convient de fixer des objectifs de développement raisonnables, quoiqu’arbitraires. De quoi s’agit-il ? Sur une période de 10 ans, l’Ofor veille à remettre en bon état de fonctionnement les infrastructures déjà en place afin de satisfaire la croissance économique et la demande qui ira avec pendant cette décennie tout en visant à dépasser des objectifs sociaux relativement limités, tels que les cibles fixés par les Objectifs de développement durable pour l’eau. De tels objectifs permettront à notre pays d’amorcer l’émergence et de rattraper d’autres régions en développement. Les coûts de ces objectifs incluent l’investissement, l’entretien et le fonctionnement de ces infrastructures, ainsi que la capacité à les faire fonctionner.

Pour y parvenir, l’Ofor, bras opérationnel de la vision étatique pour l’amélioration de l’accès à l’eau potable des populations rurales mise sur la Délégation de service public (Dsp), une forme originale de Partenariat public-privé (Ppp). Il s’agit, ici, de confier à des opérateurs privés, personnes morales, la responsabilité d’universaliser l’accès à une eau en quantité suffisante dont la qualité répond aux standards internationaux, servie, de façon pérenne, à un prix conforme au pouvoir d’achat des usagers du monde rural. Avec la signature des trois premiers contrats d’affermage pour délégation du service public de l’eau  entre l’Ofor et la Société d’exploitation d’ouvrages hydrauliques (Seoh) pour l’axe Notto - Ndiosmone - Palmarin /Gorom-Lansar, Aquatech Sénégal pour les régions de Diourbel et Thiès, Flex Nrj/Seeco Mali pour celles de Kaolack et Kaffrine, l’Etat du Sénégal s’est résolument tourné vers une gestion professionnelle du service de l’eau en milieu rural avec des opérateurs privés professionnels. La mise en œuvre de ce nouveau cadre institutionnel propice à la pérennisation d'un service de l'eau de qualité en milieu rural requiert une campagne d’information,  et de communication, pour la mobilisation et la participation à tous les niveaux. Pour autant, il s’avérait indispensable, d’une part, de se renseigner clairement sur les rôles des pouvoirs publics, pour prouver à leurs partenaires privés la viabilité commerciale de ces Ppp, version Dsp, ainsi que les possibilités qu’ils pourraient offrir pour générer des entrées de fonds substantielles pour le futur.

D’autre part, il a été question de prouver que ces fonds suffiront pour couvrir les frais d’exploitation et d’entretien des ouvrages mis en délégation pendant toute la durée de vie des Dsp. Enfin, ces précautions généreront, à terme, un excédent d’exploitation afin de rémunérer les investisseurs de ces Dsp. L'Ofor y a ajouté un examen de la répartition des risques entre les différents acteurs. Trois éléments ont été pris en considération dans la gestion des risques : l’identification, l’atténuation et les modalités de répartition de ces risques pour éviter toute externalisation.

Tout compte fait, le chef de l’Etat a, dans sa vision d’un Sénégal émergent et dans le domaine de l’hydraulique rurale, pris l’initiative en établissant un cadre pour le développement d’une structure institutionnelle robuste (Ofor) qui aura pour effet non seulement de favoriser l’efficience et l’efficacité (mariage avec Pudc pour le suivi de la gestion des ouvrages), mais aussi de créer les conditions nécessaires pour attirer d’autres bailleurs de fonds au nombre desquels figure le secteur privé.Pour l’Ofor, le secteur privé apparaît, aujourd’hui, comme un acteur solide et majeur dans le secteur des infrastructures. Il est indéniable que sa participation et les partenariats qu’il noue avec le secteur public (Ofor) ne sont qu’une pièce du puzzle que constitue l’infrastructure. Mais, son importance et son rôle potentiel ne doivent pas être sous-estimés.

Par  
Lansana Gagny SAKHO

Directeur général de l’Office des forages ruraux